Tout va très bien à Voynetgrad (Blog Médiapart)

Tout va très bien à Voynetgrad (Blog Médiapart)

Tout va très bien à Voynetgrad

24 février 2013 Par Jean-Pierre Anselme
 

 

À Montreuil (93), retranchée dans son bunker de l’hôtel de ville, Dominique Voynet, au crépuscule de son mandat de maire, doit affronter les fruits de son despotisme : les salariés du cinéma Méliès poursuivent leur grève entamée il y a 37 jours, trois services municipaux sont en grève depuis 15 jours et les 2500 agents de la Ville sont appelés à une grève générale reconductible.

 

 
 

« Tous Montreuil » proclame le logo du journal municipal. « Tous Montreuil », sauf un : Stéphane Goudet. Le directeur du cinéma municipal d’art et d’essai de la Ville de Montreuil-sous-Bois, Le Méliès, a été licencié le 23 février, sans préavis ni indemnité. La répression s’abat aussi sur d’autres salariés : Deux mutations, un CDD non renouvelé, un autre CDD généreusement repoussé de six mois afin que l’intéressé « démontre sa capacité à servir »

Une conception féodale de la gouvernance, la croyance dévote aux vertus de la propagande, la conviction cynique que « la fin justifie les moyens », une distance aristocratique à l’égard des administrés… Depuis 2008, tous les ingrédients d’une explosion se sont accumulés pour que la ville de Montreuil se transforme en champ de bataille. Nul doute que l’ampleur de la mobilisation pour sauver le cinéma municipal d’art et d’essai de Montreuil et la résistance sans faille de ses 15 salariés au pilonnage de Dominique Voynet, ont contribué à soulever le couvercle de la marmite.

UN AIR IRRESPIRABLE

Il y a quinze jours, les personnels de l’accueil à la petite enfance se sont mis en grève sur un cahier de revendications portant sur les salaires et, une semaine plus tard, ceux de deux autres services (les affaires générales et l’état civil) les ont rejoints. Le mouvement qui concerne 58 salariés est très largement suivi. Dans la foulée, la CGT appelle l’ensemble des 2500 agents municipaux à une grève générale reconductible, à partir du dimanche 24 février.

« Respect », « mépris », « violence »… avec la grève les langues se délient sur la souffrance au travail à la mairie de Montreuil. Dominique Voynet est perçue comme « distante », « hautaine », « glaciale »« Elle ne dit jamais bonjour », « elle nous fuit, on dirait qu’elle a peur », « on ne peut jamais lui parler »« Ils (Dominique Voynet et ses conseillers municipaux) sont tous là (l’hôtel de ville), au premier étage, la première année on ne les a jamais vu, ils nous évitaient. Maintenant, ils ont un vigile et aussi un digicode qui bloquent en permanence l’accès à leurs bureaux. » « On a le sentiment qu’ils ignorent notre boulot », « on en fait de plus en plus, les tâches sont de plus en plus complexe, mais on est au même nombre et en plus on vous tape sur l’épaule en rigolant : “Te plains pas, t’es pas en train de casser des cailloux !” »

En 2011, le médecin du travail écrivait : « hors situation d’agression, 129 agents ont consulté pour souffrance psychique au travail, c’est-à-dire trois fois plus qu’en 2010. (…) S’agissant des consultations faites sur demande des agents, les consultations pour souffrance psychique au travail représentent 50% des demandes. » Le médecin parle de « sentiment de naufrage et d’abandon » et de « cas atroces ».

 

Rassemblement des salariés de la ville de Montreuil en grève, devant l'hôtel de ville, le 18 févrierRassemblement des salariés de la ville de Montreuil en grève, devant l’hôtel de ville, le 18 février

Sans préjuger de son ampleur et de son issue, quelques soient aussi les présumées arrières pensées électorales des uns et des autres, le mouvement social en cours à Montreuil est emblêmatique du divorce de plus en manifeste entre les personnels de la municipalité et la maire. Et il suffit de faire un tour dans les nombreux troquets de cette ville de plus de 100 000 habitants ou encore d’arpenter les allées de son marché et de discuter avec les uns et les autres, pour constater à quel point la maire est impopulaire.

Au climat exécrable qui domine les relations sociales à la mairie de Montreuil s’ajoute l’ambiance toxique qui empoisonne le conseil municipal lui-même. Comme à celui de décembre 2012, où il faut qu’un agent de sécurité ceinture un élus proche de Dominique Voynet pour l’empêcher de frapper un représentant de l’opposition. On s’invective, on s’insulte. La maire elle-même donne le ton : « Je ne cherche pas à convaincre, je cherche à faire voter. »

Constatant que son action « souffre d’un manque de visibilité », à moins d’un an des élections municipales, Dominique Voynet s’est adjoint les services d’une agence de communication pour « consolider le positionnement de Montreuil ville écologique et sociale » et élaborer des plans de communication de crise destinés à régler les situations de tensions… Pour un coût estimé d’environ 200 000 euros.

UNE BATAILLE EMBLÉMATIQUE

C’est dans ce contexte que se déroule depuis des mois, bientôt cinq ans, le bras de fer entre l’équipe du Méliès et Dominique Voynet. Un conflit social ou plutôt un conflit global. Les 15 travailleurs sont des salariés comme les autres, à ceci près qu’ils sont des producteurs de culture, de ce qui nourrit une société, de ce qui lui donne un sens commun. C’est ce qui explique l’ampleur prise par la mobilisation autour du cinéma Méliès et de son équipe : quand il s’agit de cinéma, on n’est pas seulement dans l’utilitaire, on est dans l’imaginaire. Vouloir le briser, comme s’ évertue la maire de Montreuil, c’est détruire le goût de la vie. Les amoureux du Méliès se battent pour vivre et comme l’a écrit François Truffaut, « la vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». C’est ce que n’a toujours pas compris Dominique Voynet.

La plupart des médias laissent à croire que la liquidation en cours de l’équipe historique du Méliès et la nomination d’une nouvelle directrice, une « chef de service », seraient l’ultime épisode d’un film, aux multiples rebondissements, qui dure depuis 2008. Un long métrage à la morale singulière où triompherait la raison du plus fort, un thriller où le héros finit par être écrasé. Bref, « l’affaire serait pliée » et Dominique Voynet, avec beaucoup de casse certes, l’aurait finalement emporté. Rien n’est moins sûr.

 

Le directeur artistique du Méliès, Stéphane Goudet.Le directeur artistique du Méliès, Stéphane Goudet.

 

D’abord parce qu’ici les acteurs concernés ne « font pas du cinéma ». Il n’y a pas de héros, mais un homme de 42 ans, Stéphane Goudet, un amoureux du grand écran dont toute la carrière de cinéphile, au Méliès, depuis 2002, mais aussi comme universitaire, critique et écrivain, est marquée par la volonté de partager sa passion avec le plus grand nombre. Il n’y a pas non plus de « héros solitaire », mais une équipe de quinze personnes soudée dans un combat commun. Quinze personnes qui s’en prennent plein la tête depuis très longtemps. QU’ON EN JUGE.

UN HARCELLEMENT SYSTÉMATIQUE

Pour Stéphane Goudet, tout a vraiment (mal) commencé en août 2011, avec un article élogieux du Monde sur le Méliès décrit comme « un des hauts lieux de la culture en France » où s’épanouit « une inventivité toujours renouvelée ». Dès le lendemain, le directeur du Méliès est convoqué à la direction générale des services de la mairie pour s’entendre reprocher un « article scandaleux ». « Comment expliquez-vous que le nom de la maire ne soit jamais cité ? », le somme-t-on de répondre, l’accusant d’« avoir donné la consigne au journaliste ». Deux mois plus tard, la maire de Montreuil ouvrait les Assises de la Culture au Méliès en précisant en public n’avoir jamais voulu « la tête du directeur artistique du Méliès ».

Stéphane Goudet sera ensuite successivement accusé de « maltraitance » sur un des salariés du Méliès, sera soupçonné d’avoir reçu des pots de vin, de trafiquer de la drogue… Tout a fait pschitt !Mais tout cela parasite en permanence le travail d’une équipe qui n’arrive pas à comprendre pourquoi elle est ainsi « prise en grippe » par la maire, alors qu’elle a le sentiment de faire du bon boulot, salué par les spectateurs comme par les professionnels.

L'équipe du MélièsL’équipe du Méliès

En mai 2012, c’est de Cannes où s’ouvre le festival que l’équipe de programmation du Méliès découvre sur le site de la Ville un appel à candidature pour diriger Le Méliès et évincer de fait Stéphane Goudet. 150 exploitants français s’engagent aussitôt, dans une lettre publique, à ne pas candidater à ce poste et les salariés du Méliès lancent un préavis de grève. Évoquant un « malentendu », la mairie se replie sur la proposition d’une « direction bicéphale », sur laquelle elle s’était auparavant — avant l’annonce — accordée avec Stéphane Goudet…

À l’automne 2012, arrive la grosse artillerie avec le lancement de la grande affaire de la « caisse noire », des « détournements de fonds », etc. Pour les salariés du Méliès, les deux plaintes de la maire, se traduisent concrètement par deux enquêtes successives en un an avec, au total, 35 auditions de 2 heures à 5 heures chacune, pendant quatre mois au total. Dans un de ses éditoriaux du journal municipal, Dominique Voynet se plaint du « harcèlement » subit par elle et son équipe.

 S’agissant du Méliès, il y a la forme, les méthodes détestables employées par une maire qui se dit « de gauche », et le fond, les conditions et le contenu indispensables à la réussite populaire d’un projet politico-culturel dans une ville de plus de 100 000 habitants.

Dominique Voynet et ses amis motivent la procédure de licenciement engagée contre Stéphane Goudet aux motifs qu’il aurait « manqué au devoir de réserve » et à « l’obligation de loyauté » liés à sa fonction. Enfin, il serait coupable de « non dénonciation d’une irrégularité comptable ».

C’est sur ce dernier point que Dominique Voynet a centré depuis des mois sa campagne publique contre le Méliès. Une « caisse noire » alimentée par les recettes de séances non-commerciales (films expérimentaux, films sans distributeurs…) auraient fait perdre pas moins de 143 000 euros à la Ville. Un chiffre, manifestement destiné à frapper l’opinion, finalement devenu récemment « des dizaines de milliers d’euros », qui pause question.

Notamment celle de savoir où serait passée une telle quantité d’argent, quant il est avéré — ce que ne conteste personne — qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel ? La matérialité des faits elle-même est en cause quand les salariés du Méliès affirment, preuves à l’appui, que c’est de 8 000 euros dont il s’agirait, somme correspondante aux écoles n’ayant pas encore acquittées leurs séances. Le Trésor public lui-même indique que l’argent en question rentrera dans les caisses du Méliès d’ici juin. La ville le fait pourtant figurer comme manque à gagner « à payer par le contribuable montreuillois » dans son rapport d’enquête…

500 personnes manifestent dans les rues de Montreuil en soutien au Méliès, le 19 janvier500 personnes manifestent dans les rues de Montreuil en soutien au Méliès, le 19 janvier

Comme le répète à tue tête Dominique Voynet, la justice mène son enquête et le procureur a été saisi. Mais, pour la maire de Montreuil, c’est : exit la présomption d’innocence, les accusés sont coupables à priori et le dépôt d’une plainte vaut condamnation… qu’elle exécute manu militari de son propre chef ! Celle, qui fut sénatrice, ministre, devrait le savoir : cela s’appelle « faire justice soi-même » et la loi l’interdit.

Ainsi, des salariés du Méliès sont-ils sanctionnés et leur directeur licencié pour « non dénonciation d’une irrégularité comptable » dont la réalité reste entièrement à prouver ! Enfin, signe du malaise grandissant suscité par un « dossier » de plus en plus vide, on apprend que la communauté d’agglomération Est Ensemble, théoriquement futur gestionnaire du cinéma et que la Ville prétend elle aussi victime, confirme qu’elle ne se joindra pas à la plainte de la ville de Montreuil contre l’équipe du Méliès…

Dans une lettre au vitriol à Dominique Voynet, le cinéaste Jean-louis Comolli considère que celle-ci « a recours a des méthodes qu’au cinéma on qualifierait volontiers de “gangster” ». « Je n’irai pas jusque là » précise-t-il prudemment, mais sa conclusion est sans appel : « Vous n’avez pas le pouvoir : vous êtes le pouvoir, et en tant que telle exposée à la critique, à la contestation, à la protestation. Une place vous est réservée aux portes de l’Enfer de Dante : celle des tricheurs. »

UNE CHASSE AUX SORCIÈRES

« Manquement au devoir de réserve », « obligation de loyauté », des fautes, reprochées au directeur du Méliès pour justifier son licenciement, à l’humour involontaire de la part de la membre historique d’un parti, les Verts, où pareille injonctions relèveraient de l’inquisition.

Nonobstant que l’accusé, Stéphane Goudet n’est pas fonctionnaire municipal mais consultant avec un contrat de 96 heures par semaine (un mi-temps dans la pratique), pour Dominique Voynet, être employé par une mairie impliquerait, automatiquement, de « fermer sa gueule ».

Ainsi, madame la maire estime-t-elle parfaitement légitime d’éreinter pendant des années un de ses salariés par tous les moyens médiatiques, tandis que celui qu’elle cloue ainsi au pilori devrait battre sa coulpe. Jusqu’au tragicomique quand, pour remplir un « dossier » par trop inconsistant, l’employeur mairie de Montreuil peaufine son réquisitoire : Stéphane Goudet se serait rendu « coupable d’insultes subliminales ». Il aurait menacé, sur Facebook, de parler de « politique culturelle »…

 

Pendant la grève, le cinéma Méliès est gardé par des vigilesPendant la grève, le cinéma Méliès est gardé par des vigiles

Dans un article de Libération du 22 mars 2008, La journaliste Sylvia Zappi brossait ce portrait de Dominique Voynet : « La nouvelle maire assure aujourd’hui qu’il n’est plus question de “se montrer agressive et brutale” ». Elle veut “réconcilier ” les Montreuillois. » L’article se concluait ainsi : « Le tout, “sans chasse aux sorcières”, assure-t-elle, les yeux rivés sur un organigramme où des signes “+” et “-” ont été dessinés en face des noms des directeurs. » Quatre ans plus tard, 24 des 25 directeurs de service ont été changés.

UN OUTIL DE PROPAGANDE

Ce qui est en cause au fond, c’est le degré d’indépendance, la liberté de création et d’expression pour les secteurs « médiatiques » de la vie municipales : cinéma, théâtre, presse… Pour bien mesurer ce qui se joue à travers la volonté de contrôle absolu du Méliès par Dominique Voynet, un coup d’œil sur son « organe central » vaut le détours.

Tous les quinze jours, les Montreuillois reçoivent dans leurs boites à lettres le journal municipal, Tous Montreuil. À l’instar des salariés avec leur journal d’entreprise, ils ont appris à lire entre les lignes pour glaner quelques informations utiles. Rien là que de très scandaleusement banal hélas, la presse municipale, à l’instar de la presse d’entreprise (patronale est le mot juste), est la voix de son maître.

Dans Tous Montreuil, on est au pays des Bisounours, avec une belle collection d’images de la maire et son inévitable éditorial. Ses journalistes n’y ont pas la moindre parcelle d’indépendance. Ils doivent filer doux sous peine d’être virés, comme la rédactrice en chef de Tous Montreuil, il y a quatre mois. Sa remplaçante formule ainsi sa mission : « Valoriser au mieux les choix politiques de la municipalité. 

Invitation à un débat au Méliès, « qui n'a rien de politicien », par la mairie, en pleine grève des salariésInvitation à un débat au Méliès, « qui n’a rien de politicien », par la mairie, en pleine grève des salariés

S’agissant d’un cinéma comme le Méliès, on peut imaginer sans peine ce que donnerait pareil ordre de marche. Privé de son indépendance artistique, il serait dès lors soumis aux inévitables pressions de la majorité municipale sur sa programmation. Films des réseaux amis, de ceux qui ont aidé à la dernière campagne électorale, les renvois d’ascenseurs… le clientélisme pourrait s’épanouir sans aucun frein.

Pourquoi se gêner quand on est « chez soi ». Quand, le 4 février, la mairie veut organiser une projection du film de Yann-Arthus Bertrand, « Planète océan », sur le thème de l’écologie maritime, suivie d’un débat entre le réalisateur et la maire, un proche de celle-ci n’y voit bien sûr « rien de politicien ». De même, lorsque l’élue au cinéma exige la reprogrammation de « Tous coupable » de Jean-Paul Jaud, après avoir réalisé que plusieurs élus Europie Ecologie Les Verts y propagent la bonne parole sur Fukushima et les OGM. Quel retournement pour ce parti qui s’était opposé à la municipalisation du Méliès en 2001, en désignant le risque d’une prise de contrôle politique de la programmation et d’un poids excessif de l’administratif.

Dans une tribune publiée dans Libération du 14 février, quatre cinéastes, membres du conseil du cinéma Méliès, Sólveig Anspach, Dominique Cabrera, Robert Guédiguian et Dominik Moll, estiment que la maire de Montreuil « ne semble pas voir l’essentiel » et « qu’en déclarant la guerre au Méliès, elle affaiblit l’une des salles art et essai les plus exemplaires de France. Et que, ce faisant, elle rend plus difficile le combat de tous ceux qui se battent pour une meilleure exposition de nos films. »

Plaidant pour le « renforcement des salles indépendantes art et essai », ils affirment que « leur vitalité passe par des politiques éditoriales singulières, incarnées par des programmateurs passionnés. Ce sont eux qui donnent une identité forte à ces salles, tel le Méliès. L’aveuglement de la mairie de Montreuil aboutit à un immense gâchis ».

UN TRÉSOR PUBLIQUE

Un « immense gâchis » qui concerne la salle publique d’art et d’essai qui marche le mieux en France. Voilà un petit cinéma de trois salles et 495 fauteuils qui accueille entre 175 000 et 200 000 entrées par an. Soit, dans le langage du métier, un « taux d’occupation fauteuil » qui est le plus élevé dans le champ des cinémas d’art et d’essai hexagonaux.

Un cinéma tourné vers l’extérieur, qui organise deux à trois débats hebdomadaires, les 52 semaines de l’année. En 2012, 80 cinéastes sont venus du monde entier dans la salle montreuilloise pour présenter leurs films et discuter avec le public. Des stars, comme Oliver Stone, Michael Cimino ou Abel Ferrara et des cinéastes plus confidentiels comme le Turc Nuri Bilge Ceylan, le Thaïlandais Weersasethakul ou l’Iranien (interdit dans son pays) Jafar Panahi.

 

La dernière en date des manifestations de soutien au Méliès et à ses salariés, après bien d'autresLa dernière en date des manifestations de soutien au Méliès et à ses salariés, après bien d’autres

Impur pour les uns, trop pur pour les autres, le Méliès a pour spécificité culturelle de refuser d’ostraciser les films en projetant des œuvres réalisées par des petits amateurs, des films expérimentaux et des blogbusters de qualité. La grande force de cette salle est dans sa capacité d’offrir le cinéma le plus pointu, le plus singulier, tout en étant une salle populaire qui va cartonner avec Dany Boon.

85% des spectateurs du Méliès viennent de Montreuil et de la Seine-Saint-Denis ; ancré localement, il profite aussi de sa proximité avec la capitale et attire 15% des Parisiens. Au fil des années, le Méliès a réussi à fidéliser de très nombreux spectateurs, avec parmi eux des « vrais amoureux du cinéma » qui n’hésitent pas à venir de loin en France pour voir un film rarement projeté et rencontrer un cinéaste. Outre les séances scolaires régulières, chaque semaine, contrairement à ce qui se fait ailleurs, un film destiné spécifiquement au jeune public est à l’affiche.

UN OBJET ENCOMBRANT

Un « palmarès » qui justifie que le Méliès renaîsse dans un bâtiment flambant neuf de six salles avec un espace librairie et un café. Pour l’heure, les travaux sont suspendus et il est bien improbable que son inauguration ait lieu d’ici la fin de cette année, comme annoncé par Dominique Voynet. En 2014, après les élections municipales, semble plus vraisemblable.

Fin 2013, le cinéma Méliès (le personnel après les murs), aura perdu son statut municipal et sera transféré à la communauté d’agglomération. Une porte de sortie au conflit serait d’anticiper ce transfert laissant alors à l’« agglo » le soin d’en négocier les modalités avec les intéressés. On peut légitimement se demander pourquoi la maire de Montreuil n’emprunte pas cette voie, somme toute honorable

 

Une des nombreuses assemblées où les montreuillois débattent de l'avenir du Méliès et des actions à venir Une des nombreuses assemblées où les montreuillois débattent de l’avenir du Méliès et des actions à venir

Les Montreuillois n’ont pas oublié que Dominique Voynet, aussitôt après son élection en 2008, s’est empressée de suspendre le projet du nouveau Méliès, dénoncé dans la presse comme un projet « trop cher », « élitiste », « bobo ». La nouvelle équipe municipale mettra neuf mois pour finalement revenir en arrière et avaliser le projet. Sans enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire, il fut même un moment envisagé d’enterrer physiquement le nouveau Méliès…

Les bruits qui courent sur l’intention de Dominique Voynet de se débarrasser du Méliès ne tombent pas du ciel. L’« accord secret » qu’elle a passé en 2008 avec le MK2 et l’UGC Gaumont, pour qu’ils retirent leur plainte pour « concurrence déloyale » et « abus de position dominante » contre le futur Méliès, cacherait un engagement de privatisation. « Pourquoi le public irait faire moins bien et plus cher, ce que le privé arrive à faire avec excellence ? » s’interrogeait Dominique Voynet.

Alexandra Michot du Figaro s’est récemment faite l’écho des « raisons économiques » qui motiveraient Dominique Voynet : « La mairie n’a pas forcément les moyens de financer (…) les salaires et l’entretien du tout nouveau cinéma Méliès. (…) Ce futur plus grand cinéma municipal d’art et essai de France pourrait, non pas coûter, mais rapporter une jolie somme à la ville, si l’un des deux groupes sur les rangs pour le gérer à la place de la municipalité le prenait en concession. »

UN BIEN INESTIMABLE

Ce qui est certain c’est qu’aucune issue pérenne à « l’affaire du Méliès » n’est possible contre l’ équipe qui a fait la salle d’excellence que tant de municipalités envient à Montreuil, dont il faut rappeler qu’elle se situe dans le « 93 », le département le plus pauvre de France. Dans Tous Montreuil, du 12 février 2013, Dominique Voynet titrait son éditorial : « Rendre le Méliès aux amoureux du cinéma ». C’est bien de cela dont il s’agit.

Rien ne sera possible en méprisant les milliers de personnes qui se mobilisent sans faillir depuis des mois et même des années, qui manifestent, se réunissent, écrivent, tractent, pétitionnent,discutent… pour que Le Méliès et son équipe puissent poursuivre leur route, pour que le cinéma et la culture soient synonymes de qualité, de plaisir et de liberté.

 

 

• Pour soutenir les salariés du Méliès

L’association Renc’Art au Méliès : Rencart http://rencartaumelies.blogspot.fr/

Soutien au Méliès : http://soutienaumelies.wordpress.com/

• Le site de la mairie de Montreuil : http://www.montreuil.fr/

• Le site de Dominique Voynet : http://dominiquevoynet.eelv.fr/

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