Les questions d’aménagement font partie de la démocratie sociale

Suite à la publication du dossier consacré à la question du Grand Paris et des métropoles dans l’Humanité du 2 octobre2013, nous avons souhaité réagir. Nous en partageons, pour l’essentiel, les analyses qui y sont faites. Pour autant, il nous semble important de faire connaître le point de vue du monde du travail et des organisations syndicales qui, depuis le début, essayent de faire entendre leur point de vue trop souvent ignoré. Nous considérons qu’il y a un vice de forme qui remonte à la genèse du projet et nous constatons avec regret que l’avis de la première organisation syndicale francilienne semble peu intéresser. Pourtant l’enjeu est de taille. Car c’est aussi la vie des 5,3 millions de salariés qui travaillent en Île-de-France qui est en jeu. Si le projet arrivait à son terme tel que conçu par Nicolas Sarkozy et repris quasi in extenso par le gouvernement socialiste, nous serions à la veille d’une véritable métamorphose du paysage politique et économique de la région. S’ensuivrait une profonde mutation de la composition sociologique du salariat. L’hémorragie permanente des emplois industriels et la spéculation immobilière prévisible et inscrite en filigrane dans le projet auraient sans aucun doute des conséquences sur le type d’emploi et, par voie de conséquence, d’habitation. Le déficit démocratique dans la conception et dans le contenu du projet soulevé dans l’article est juste. Il vient s’additionner à la négation et au mépris en ce qui concerne la démocratie sociale dont la CGT a fait l’un de ses axes revendicatifs constants !

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Ce projet est dangereux pour les habitants et pour les salariés !

De la même façon que la CGT revendique la citoyenneté dans l’entreprise, nous la revendiquons également sur tous les sujets qui touchent de près ou de loin à la vie des salariés. Les questions d’aménagement du territoire en font partie. Ils sont eux aussi traversés par des enjeux de classe. Il faut d’ailleurs souligner que dès le départ, en 2007, le Medef a apporté un soutien inconditionnel. Ceux qui détiennent les pouvoirs économiques et politiques sont en train de vouloir redessiner nos territoires avec un objectif majeur : qu’ils répondent aux intérêts du capital. Et singulièrement dans notre région Île-de-France, aux intérêts du capital financier. Ils veulent, argumentent-ils, construire des territoires d’excellence. Mais qui dit territoire d’excellence, dit aussi, souvent, territoires de relégation sociale.

Le danger serait d’en faire une affaire d’initiés, d’experts, ce à quoi s’efforcent en partie certaines forces politiques en action et le Medef.

La CGT s’efforce quant à elle d’en faire l’affaire de tous et elle invite les salariés à se mêler de cette affaire, où tout a été fait depuis le départ pour les en écarter. La démocratie politique doit se conjuguer avec la démocratie sociale. Elles sont pour nous complémentaires ! À côté des élus et des partis politiques, nous voulons pour les salariés et les organisations syndicales le droit à la démocratie sociale. Comme dans les entreprises, nous revendiquons des droits et des pouvoirs nouveaux pour les salariés sur les questions d’aménagement des territoires. Nous ne voulons pas nous laisser enfermer dans un débat où les salariés et les organisations syndicales seraient oubliés ! Comme c’est hélas ! encore trop souvent le cas !

Le contenu des projets d’aménagement du territoire, et le Grand Paris métropole en fait partie, a pour but d’aggraver une répartition des richesses encore plus favorable au capital.

Aujourd’hui, la région Île-de-France produit près de 29 % du PIB national. Mais à quel prix pour les 19 % du salariat national qui y travaillent !

La Défense, Saclay, etc. Il y en a assez des OIN (opérations d’intérêt national) qui, sous ce prétexte, court-circuitent toute expression démocratique, annexent des territoires au mépris des prérogatives communales – mais aussi syndicales ! – pour mieux imposer les intérêts du capital et de ses grands groupes, de leurs actionnaires, et ce, au détriment des conditions de vie et de travail des Franciliens. Chômage en hausse, désindustrialisation, recul de la présence des services publics par la mise en cause de leurs structures de proximité, logements inaccessibles ou trop chers et faiblesse de la construction, temps de transport trop longs : vraiment la coupe est pleine et l’urgence est à un changement de cap et non à poursuivre dans la voie du « président des riches » !

Droite, gouvernement et Medef veulent encore aggraver cet état de fait ! Moins ils trouvent d’issues à la crise et plus ils sont tentés par des dérives autoritaires.

Pour ce faire, ils créent l’arsenal législatif nécessaire, justifié au moyen d’une offensive idéologique puissante. Ainsi, le Grand Paris sarkozyste, revu et repris par le gouvernement d’aujourd’hui, est présenté comme une des solutions à la crise. C’est tout le contraire !

Il ne va faire que renforcer les logiques qui nous ont conduits dans cette situation.

Y apporter une riposte suppose donc le rassemblement le plus large, en n’oubliant aucune des forces disponibles. Il faut créer les conditions nécessaires pour construire un autre projet territorial en Île-de-France. Avec des territoires qui ne soient pas établis sur la base de la rivalité, mais plutôt sur celle de la solidarité entre eux. Et donc entre les salariés qui y travaillent.

La CGT en Île-de-France est donc disponible, sur la base d’une écoute réciproque et du respect du rôle de chacun pour travailler avec tous ceux, élus et partis politiques, qui voudront additionner leurs forces pour faire progresser la démocratie et satisfaire les besoins sociaux des habitants et des salariés.

Notre intervention conjointe peut bouleverser tous les scénarios envisagés, comme par exemple à propos du Grand Paris Express, où la CGT a contribué à ce qu’il réponde mieux aux besoins des Franciliens, et donc des salariés !

«Tous ensemble» ne peut et ne doit pas rester un slogan vide de sens.

Par Pascal Joly, Secrétaire Général de l’URIF CGT, Hervé Ossant, Secrétaire Général de l’UD de Seine-Saint-Denis CGT, Patrick Picard, Secrétaire Général 
de l’UD de Paris CGT, Denis Renard, Secrétaire Général de l’UD des Hauts-de-Seine CGT, et Cédric Quintin, Secrétaire Général de l’UD du Val-de-Marne CGT.

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